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Les hypers en bout de course(s)

baisseGMSNée dans les années 1960, la grande distribution règne sans partage sur les ventes de produits alimentaires en France. Mais depuis 2009, le modèle donne des signes de fatigue. Face aux gondoles à la dérive, les hypers jouent, notamment, la carte de la responsabilité. Avec plus ou moins de sincérité.

Il y a très exactement un demi-siècle, le 15 juin 1963, naissait, à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l’Essonne, le tout premier hypermarché (1) de France. Un magasin aux proportions fabuleuses proposant 15?000 articles. Son but ? Réduire les prix. Ses méthodes ? S’installer loin des villes, là où les loyers sont moins chers, supprimer les vendeurs dans les rayons et traiter de gros volumes en limitant les intermédiaires.

A l’époque, les critiques anticipent un échec. Mais plus de 5?000 clients se pressent à l’inauguration de cette « usine à distribuer ». Partout dans l’Hexagone, les ouvertures vont alors se multiplier, dans une ambiance de fête. En octobre 1970, à Vitrolles, dans les Bouches-du-Rhône, un journaliste de l’ORTF (Office de radiodiffusion télévision française) décrit, émerveillé, l’ouverture du centre commercial Carrefour, avec sa grande roue et son chapiteau installés spécialement pour l’occasion.

Avec surtout ses « éléments de séduction » : ses 4?000 places de parking. Ce « gigantesque magasin » – 22?000 mètres carrés – est « un spectacle en soi », où l’on peut « flâner sans idées bien arrêtées », vante le reporter du journal télévisé. La philosophie de la grande distribution est des plus simples : « Le plus grand nombre de clients, le plus grand nombre de produits, les prix les plus bas, résume l’historien Jean-Claude Daumas. Il y avait un cercle vertueux de la taille qui faisait que, si on s’agrandissait, on pouvait avoir plus de références, donc attirer plus de clients, donc faire plus de marges et donc, in fine, agrandir son magasin encore. »

Scandales alimentaires

Cinquante ans plus tard, la grande distribution est devenue incontournable. La France est l’un des pays au monde qui affichent la plus grande concentration de grandes surfaces sur son territoire. Plus de 70?% des achats alimentaires des Français sont faits dans leurs rayons. Mais la crise, la hausse du prix de l’énergie et des scandales alimentaires à répétition ont montré les failles de ce modèle : clairement, il n’est pas durable. Depuis 2009, le chiffre d’affaires du secteur est en baisse, surtout dans les très grandes surfaces. « Les énormes hypermarchés où l’on vend tout flanchent petit à petit », tranche Lionel Bobot, chercheur à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique).

Efforts au rabais

Les temples de la consommation sont-ils pour autant condamnés ? Nous avons demandé à nos lecteurs de passer une semaine sans voir un chariot. Résultat : la chose n’est pas aisée. Une enquête de terrain menée en 2011 par le Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) assure que « les ménages raisonnent peu leurs modes d’approvisionnement – et notamment les déplacements qui y sont liés – sous le prisme du développement durable ». Dans ce dossier, nous vous donnons donc des conseils pour avancer vers de nouvelles pratiques. D’ailleurs, quand ils sont interrogés, les Français disent vouloir acheter mieux, passer moins de temps devant les gondoles et se déplacer moins pour faire leurs courses… Les supermarchés, « énormes machines à innover », selon les termes du consultant en marketing écolo Sauveur Fernandez, ont répondu aux demandes des consommateurs, et ce, à grands renforts de campagnes de communication. Nous avons distingué les réelles initiatives des efforts au rabais en menant notre enquête depuis les rapports publics de Carrefour, E.Leclerc, Auchan ou encore Système U. Nous sommes même allés dans les poubelles de leurs magasins. A vos chariots ! —

(1) Le terme « hypermarché » sera inventé plus tard, en 1968, par Jacques Pictet, fondateur du magazine spécialisé « LSA ». En France, ce terme désigne aujourd’hui un magasin dont la surface de vente est supérieure à 2500 m2. Le supermarché a, lui, une surface comprise entre 400 et 2500 m2.

Source : www.terraeco.net/Les-hypers-en-bout-de-course-s,49939.html - juin 2013

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